Quand on voit le vote du budget 2026 des parlementaires, un certain nombre de questions se posent : certains politiques estiment que la rémunération du travail serait presque du vol et donc l’occasion d’être taxée un peu plus ; pendant que d’autres misent sur l’assistanat à outrance. Est-ce qu’entreprendre en France aujourd’hui est possible ? Est-ce que le travail paie ? Peut-on vivre de son travail ? On a beaucoup entendu parler de justice fiscale, mais qu’en est-il de la justice du travail ?
Le débat budgétaire a viré au théâtre : un théâtre de plus en plus comique s'il n'était tragique. La richesse étant considérée comme acquise, il n'y a de politique que de choix de distribution de celles-ci aux différents administrés. Il n'y a pourtant aucune richesse acquise sans travail qui la produit : nos héritiers d'une longue tradition spirituelle et politique "sociale" feraient bien de se rappeler saint Paul tout comme Lénine s'accordant pour dire « que celui qui ne travaille pas ne mange pas ! » Plus profondément, cette attitude traduit le mal profond qui grève la France depuis si longtemps, celui de la rente. La rente de cour a fait place à la rente de la République, cette rente dont vit tout un chacun (plus de la moitié des Français bénéficiant de redistribution nette supérieure à leurs apports) jusqu'aux parlementaires eux-mêmes et dont la principale préoccupation est d'en doter certains de leurs administrés.
Le grand Frédéric Bastiat doit s'être retourné dans sa tombe, lui qui pointait cette grande fiction selon laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde. Dans la réalité, la richesse ne peut naître que du travail de chacun. La complexité des écrans fiscaux rend beaucoup de nos concitoyens aveugles, il faut avoir presté comme indépendant pour s'en rendre compte, en empilant TVA sur la vente, charges sociales sur la rémunération brute, prélèvement de la mutuelle, impôt sur le revenu, puis TVA sur la consommation... Au final c'est près de 80% de la valeur créée qui alimente les rentes. Si des mécanismes de sécurité collective sont nécessaires pour pallier les graves infortunes de la vie, personne ne peut durablement s'investir si la quasi-totalité du fruit de son travail lui échappe pour financer les rentes.
Hélas, cette rente plonge le pays dans un déclin terrible en décourageant l'investissement au travail... et ce, d'autant plus tragiquement que le grand choc de l'IA redistribue toutes les cartes de l'économie et demande précisément de travailler pour créer de nouveaux métiers et entreprises créatives.
Mais le plus grave c'est encore que cette rente nous rend malheureux, car elle nous conduit immanquablement vers l'ennui, l'envie, l'asservissement et la mort... Au diable la rente !
En quoi le travail est-il source de richesses ?
Notre pays est fâché avec le travail : plus grand monde ne l'associe au bonheur commun... mais plutôt à l'exploitation, à la peine. Jusqu'aux plus ambitieux parmi les jeunes, dont certains ne rêvent que de faire fortune rapidement pour ne plus avoir à travailler. Pourtant, quoi de commun entre le retraité frustré, le chômeur dépressif et le salarié surprotégé ? La maladie de l'inutilité. De profonds malentendus historiques sur le sens de l'argent tout comme les chocs majeurs de productivité amenés par les machines jusqu'à l'IA moderne, nous ont fait perdre de vue le bon sens : travailler c'est d'abord se réaliser en tant que personne, en contribuant soi-même à l'œuvre collective, et s'aventurant pour cela sur des réalisations inédites, cela fait partie de la joie du dépassement : Pascal disait justement « donnez-lui tous les matins l'argent qu'il peut gagner chaque jour, à la charge qu'il ne joue point, vous le rendrez malheureux ».
En ce sens, rien de pire qu'une société où l’IA nous mettrait tous en congés payés universels en « nous assurant universellement l'existence ».
Ce besoin est presque plus fondamental encore que celui des richesses matérielles que le travail apporte.
Si le développement de l’IA en effraie plus d’un, comment cet outil peut-il améliorer la dignité du travail humain ? Et quels sont les travers dans lesquels il ne faudrait pas tomber ?
L'IA est un choc majeur d'efficacité qui nous provoque effectivement sur le futur du travail. Ce sujet est d'ailleurs bien plus important que celui de l'avènement d'IA générales prenant notre contrôle, le fruit d'exagérations rhétoriques nourrissant le besoin de levées de fond astronomiques.
Le récit majoritaire est le suivant : « Soyons sérieux, le revenu universel est la seule issue raisonnable dans un futur où les machines nous remplaceront à peu près partout ».
Ce récit tient tout autant de l'angoisse sincère que du désir inavoué : pourtant selon moi, c'est une erreur (probable) et un piège (certain). L'erreur historique consiste à confondre les gains de productivité unitaire sur des tâches avec les destructions massives : jusqu'à présent, toutes les prédictions de remplacement se sont avérées fausses, car il faut bien du temps pour changer des habitudes, ceux qui managent le changement ou tentent de développer une startup disruptive le savent... la plupart du temps, on s'épuise, on fait faillite (je l'ai vécu !).
Le piège, c'est l'erreur sur la joie et le sens du travail.
Se rendre utile à l'œuvre collective, en en percevant la finalité, c'est le premier fondement d'un travail digne. Il faut pouvoir s'y réaliser, en grandissant en autonomie et compétences.
Face à l'IA, ce qu'il faut donc c'est rivaliser de proactivité pour inventer le travail de demain, en permettant à chacun de prendre part à l'œuvre collective, de se former, de se réaliser. Et les promesses sont grandes, tant l'IA baisse le coût de l'éducation, de la santé, de la création de micro-entreprise... jusqu'en Afrique sub-saharienne où elle est perçue comme une véritable corne d'abondance dans l'enquête mondiale que j'ai faite.
A contrario, il faut veiller à ne pas faire de l'IA une rente lobotomisante ou un divertissement addictif, où l'on vivrait sur ses acquis en déléguant les yeux fermés à l'IA tout, à commencer par les devoirs que je ne fais plus moi-même... en s'abrutissant du confort des machines et devenant moins que des personnes humaines, ayant renoncé à leur libre-arbitre, tels les tristes êtres du Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley, une dystopie si prophétique !