En quoi la beauté a-t-elle des bienfaits, est-elle « utile »  ?

Les démêlés du beau avec l’utile commencent dès l’antiquité, l’artiste y voisine encore avec l’artisan qu’Aristote trouve déjà à l'art une fonction thérapeutique, la « catharsis », purgation des passions apaisant les spectateurs athéniens. Le beau sait rasséréner le corps et l’esprit : si Freud fit du refoulement la matière de la sublimation artistique, aujourd’hui les acquis de l’art-thérapie, la diminution de la douleur et de l’anxiété, ont pu être mesurés et chiffrés ; de récentes expériences incluant même l’animal. L’expérience du beau est existentielle : perceptive, donc corporelle, mais aussi émotionnelle et cognitive. Embrassant l’ensemble de la personne, elle l’harmonise. Toute œuvre belle est une, en elle chacun peut s’unifier, se ressaisir en un tout signifiant alors que le quotidien nous éparpille.

Le beau a-t-il des bénéfices particuliers pour notre époque ?

L’omniprésence technologique fragmente notre attention, l’asservit via l’addiction aux réseaux numériques. Or le beau nécessite d’adapter son régime de concentration à l’œuvre envisagée, il muscle notre attention : de soutenue, à l’affût d’un détail significatif, l’attention peut se faire flottante pour s’immerger, par exemple, dans les bains colorés d’une œuvre abstraite. La qualité attentionnelle, aiguisée par la beauté, est si cruciale que Vermeer en fit un tableau, « La dentellière ». Ainsi se restaurent nos capacités contemplatives où l’on devient ce qu’on regarde. Le beau ouvre alors à notre époque déboussolée plusieurs voies spirituelles  : le chemin ascensionnel platonicien, ou les voies de la transcendance du Dieu biblique ( via l’icône et sa beauté de transfiguration ou l’image et sa beauté d’incarnation). Sans oublier cet éloge de la nature, cher à l’Impressionnisme, où occidentaux comme orientaux, croyants ou pas, communient dans une immanence où la plénitude du beau réconcilie avec le monde.

Pourriez-vous nous en dire plus sur le dynamisme de l’admiration ?

Admirer la beauté ce n’est pas subir une grandeur qui nous écrase ou nous humilie, bien au contraire : le beau n'est pas le sublime. La beauté, par l’admiration qu’elle suscite, nous admet dans son intimité, nous adopte, nous grandit et vivifie. L’oublier condamne à un narcissisme mortifère. Nous devons le meilleur de la civilisation, dont une histoire de l’art riche et tumultueuse, non pas d’abord à l’envie ou au profit, mais à l’admiration.