La laïcité française a-t-elle dans le fond été une bonne chose pour la société ? N’est-elle pas devenue la nouvelle religion ?
La laïcité française est une mauvaise réponse à une vraie question qui s’est posée aux sociétés européennes dès la Réforme protestante : comment faire coexister ensemble des personnes qui ne partagent plus la même religion et conserver cependant une unité nationale ? La réponse française a consisté à émanciper l’État de tout enracinement religieux au nom d’une philosophie qui récuse également le droit naturel en tant qu’il s’imposerait à la volonté humaine. Il en découle une laïcité qui s’oppose à toute forme de transcendance religieuse, n’accepte pas la contribution des religions au bien commun de la société et tend à invisibiliser le fait religieux pour le reléguer dans l’espace privé. In fine, c’est la laïcité elle-même qui tend à devenir une religion de substitution, notamment quand elle prétend régir non plus l’État mais la société dans son ensemble.
Est-elle adaptée à l’essor de l’islam ?
La laïcité française a été conçue pour faire barrage à l’influence sociale du christianisme, il est inutile et dangereux de vouloir en faire une arme contre l’essor de l’islam. Inutile car on ne décrète pas arbitrairement par la loi les mœurs d’un peuple. L’islam n’est pas qu’une religion, c’est aussi une culture, des mœurs, des lois et un rapport au monde, bref une civilisation. Croire qu’une laïcité conçue comme un exercice de soustraction du religieux de la sphère publique pourra transformer en profondeur les mœurs de nos compatriotes de confession musulmane relève de l’utopie. C’est, au contraire, en faisant rayonner la culture française que l’on pourra intégrer des personnes venues d’un autre horizon civilisationnel, ce qui suppose de ne pas vider de l’espace public la culture chrétienne mise à mal par une certaine laïcité qui se révèle alors dangereuse.
Quelle laïcité pour demain ? (en vue des présidentielles notamment)
Il faudrait ramener la laïcité à ce qu’elle devrait être, c’est-à-dire une simple zone de neutralité de certaines fonctions régaliennes destinée à permettre que tous se reconnaissent dans l’État, quelle que soit sa religion. Pour le reste, cela ne doit pas empêcher les religions de contribuer au bien commun de la société, en recevant au besoin des subventions pour leurs œuvres sociales, hospitalières ou éducatives et en particulier le christianisme d’être reconnu comme ciment culturel de la nation française, ce qui éviterait au patrimoine chrétien postérieur à 1905 d’être éradiqué de l’espace public. Enfin, pourquoi ne pas s’appuyer sur les trésors de sagesse du christianisme pour trancher des questions sensibles telles que celle du début ou de la fin de vie ?